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Intégrale de ma lettre envoyée a Claire Lamarche pour Daphnée ( Par Lotus Bleu)

 
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Loly
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MessagePosté le: 2008-11-30, 22:00    Sujet du message: Intégrale de ma lettre envoyée a Claire Lamarche pour Daphnée ( Par Lotus Bleu) Répondre en citant

De : ♥Loly♥ (Message d'origine)Envoyé : 2002-04-25 08:49
Daphné chérie,

Je t'écris cette lettre à l'encre de mon sang, celui qui circule dans tes veines car tu es la chair de ma chair.

Le 22 janvier 1975, j'apprenais que j'étais enceinte.  J'avais vingt ans et j'étais étudiante.  Qu'allais-je faire avec cette grossesse imprévue?  Pourrais-je faire face à ces nouvelles responsabilités?  Comment ma famille réagirait-elle?  Les trois premiers mois se passèrent donc en questionnements de toutes sortes.

L'étape suivante en était une des plus importantes à savoir si une interruption de grossesse serait la solution et le temps m'était compté.  Ce fut le choix de ton père mais moi, je ne pouvais m'y résoudre.  Je n'avais pas le droit de t'enlever la vie.  C'est par amour pour toi que j'ai consenti à te laisser vivre et j'ai décidé de faire ce voyage avec toi, même sans le soutien et l'accompagnement de ton père qui s'est désengagé.

Chaque page du calendrier que je tournais fouettait mon coeur et m'arrachait les larmes car plus le temps avançait, plus je devais me faire à l'idée de te quitter.  Que d'inquiétudes et de culpabilité!  J'avais l'impression que tout se déroulait comme dans un rêve et qu'à un certain moment, je me réveillerais et qu'aucune adoption n'aurait lieu.

Il me restera toujours, dans la chair, le souvenir de la vie qui bougeait en moi, la tienne.  J'ai ressenti tes premiers mouvements, tes premiers petits coups de pied, par une chaude journée du mois de juin, le 22 précisément, cinq mois jour pour jour après l'annonce de ma grossesse.  Ta présence se manifestait de plus en plus et nous étions en parfaite symbiose.

J'en étais rendue maintenant à une autre étape, celle de partir en exil, en retraite fermée, en quelque sorte, pour me CACHER vis-à-vis de la société et de ses préjugés.  Je suis donc allée m'établir dans une autre ville à l'abri des regards rayons x des gens.  Les non-dits, les secrets, les silences, les mensonges et les faire-semblant, m'habitaient toute entière, me consumaient et ne faisaient qu'amplifier ma peine et mon désarroi.

Daphné, nous en étions rendues maintenant à l'ultime étape toi et moi, celle de ta naissance.  Notre aventure ensemble tirait bientôt à sa fin.  J'entends encore les voix des infirmières qui me disaient: «Poussez, madame, ce n'est qu'un petit bébé!»  Et moi, je ne voulais que te retenir en moi, dans mon sein, dans ma chair maternelle.  Je savais que plus vite tu viendrais au monde, plus vite je devrais me séparer de toi.  Alors, je retenais mes contractions mais bien entendu, la nature devait faire son oeuvre.

C'est ainsi qu'un mercredi ensoleillé, du 22 octobre 1975, une jolie petite frimousse aux cheveux et aux yeux bruns, venait au monde.  À 9heures 38, tu décidais de faire ton entrée parmi nous en criant à pleins poumons.  Ce n'est que le surlendemain que je t'ai prise dans mes bras et je t'ai serrée tendrement contre moi, pour une première et brève fois mais aussi une dernière.  Comme j'aurais voulu que le temps s'arrête!  Quelle blessure déchirante et cruelle que de te voir disparaître de ma vie!

Quel deuil immense et quelle profonde solitude j'ai ressentis quand j'ai dû te déposer dans ton petit lit à la pouponnière, sans pouvoir prendre une photo de toi.  Je t'ai souhaitée d'être aimée, heureuse et en santé et ensuite, je devais partir...  Aucun mot ne pourra jamais traduire le vide, le néant qui m'habitaient à ce moment.  Je n'avais plus mon ventre REMPLI de toi et j'avais aussi les BRAS VIDES.  Les neuf mois que nous avions vécus, si intimement, étroitement et intensément liées, s'achevaient.

Avant mon départ de l'hôpital, une travailleuse sociale se présenta à moi et m'expliqua certaines détails relativement à l'adoption.  Je voyais ses lèvres bouger, mais, tout allait trop vite, et j'avais de la difficulté à saisir et à comprendre ses renseignements:  j'étais dans un état second.  Par contre, je me souviens très bien qu'elle m'ait demandé comment je t'appellerais et je lui répondis:  «Daphné».  Elle me fit des commentaires désobligeants:  «Drôle de nom, me dit-elle en faisant la moue!»  J'en fus offusquée car je l'avais choisi, il m'était cher et de plus, original.  À part la vie, c'était la seule chose que je pouvais t'offrir, un nom!  Je trouvai donc sa réflexion déplacée mais j'ai avalé ma pilule, en silence.  Je me disais que, plus tard dans la vie, un nom fictif rare pourrait peut-être m'aider à te retrouver plus facilement.

Quelque temps s'est écoulé et la pire journée de ma vie arriva.  Je devais me rendre au Centre des Services Sociaux, à l'époque, à Longueuil, et c'est là que, perdue dans mes pensées, j'ai apposé ma signature sur l'acte de consentement à l'adoption.  Quel calvaire!  J'avais le sentiment d'être atteinte d'un cancer, en phase terminale, sans rémission possible, celui qui ronge l'âme.  Point de non retour!  Je me sentais amputée, divorcée de toi.

J'aurais voulu te remettre une lettre afin que tu puisses connaître tes origines, savoir les raison motivant ton adoption, te donner des détails sur ta famille biologique, ton bagage génétique et de nombreuses autres informations, mais j'en fus incapable, malheureusement.  J'étais figée, paralysée, ailleurs dans la brume de mes pensées.  Il m'était impossible de rédiger un bilan de tes premiers mois de vie.  Tout se bousculait en moi et tout n'était que souffrance.  Les émotions étaient à fleur de peau et refaisaient surface, sans cesse.

Je n'étais ni plus gentille, ni meilleure qu'une autre mère, mais j'étais la tienne et je t'aimais sincèrement.  Je t'avais bercée de ma chaleur maternelle et tu t'endormais au son de mes chansons...je n'oublierai jamais... J'avais pensé t'offrir un cadeau-souvenir, une peluche, un joli toutou qui nous avait accompagnées tout au long de notre chemin ensemble, mais Boule de Poils, c'est ainsi que je l'avais nommé, ne s'est pas présenté au rendez-vous, je crois qu'il a préféré t'attendre.

317 mois, 1 352 semaines, 9 490 jours nous séparent.  Tout ce temps s'est écoulé depuis ta naissance, ma chère fille, et il n'a pas su m'apporter le baume nécessaire pour panser mes cicatrices profondes.  C'est PLUS D'UN QUART DE SIÈCLE de points d'interrogation, d'ATTENTE, de DEUIL PROLONGÉ.

J'ai vécu vingt-six années en parallèle avec les tiennes.  J'étais avec toi, en pensées, pour tes petits bobos d'enfant, ton premier sourire, tes premiers mots, tes «finesses», tes «mauvais coups», ta première dent, tes premiers pas, tes premières histoires, chansons et comptines, tes visites chez le pédiatre, chez le dentiste.  À tous tes anniversaires, je te faisais un gâteau spécial avec une chandelle de plus chaque année, aux Noël, une carte de voeux et une décoration dans l'arbre de Noël, à la fête des Mères, une rose pour toi qui m'avais fait mère pour la première fois.  À la St-Valentin, à Pâques, à l'Halloween, j'étais à tes côtés, dans mon imaginaire, plus particulièrement.

Ta première rencontre à la garderie, ta rentrée scolaire, tes ami(e)s d'enfance, tes menstruations, toi devenue femme à ton tour, tes fréquentations d'adolescente, ta première nuit d'amour, tes chagrins et tes joies, toujours me rappelaient à ton souvenir.  Je veillais sur toi à distance, tel un ange-gardien.  J'osais espérer que tu avais de bons parents adoptifs qui te comblaient de leur amour, de leur écoute, de leur compréhension et de leur disponibilité, puisqu'ils t'avaient choisie.

En parallèle également, je m'interrogeais à propos de tes goûts, tes aptitudes, tes intérêts, tes désirs, tes ambitions, tes projets, ton caractère, tes qualités et tes défauts.  Te restait-il à part la vie et ton nom,un bagage physique, génétique et psychologique semblable au mien?  La santé, le bonheur et un conjoint faisaient-ils partie et font-ils encore partie de ta vie?  Es-tu mère toi aussi pour comprendre la déchirure que j'ai vécue?  Serais-je «mamie» à mon insu?  T'a-t-on dit que tu étais adoptée?  Que de questions ont valsé et tourbillonné dans ma tête depuis le 22 octobre 1975!  Me répondras-tu un jour, chère princesse?

Je suis membre du Mouvement Retrouvailles et j'ai fait paraître des annonces d'avis de recherche dans des journaux et sur des sites Internet.  Je suis patiente et persévérante et je garderai toujours espoir, jusqu'à mon dernier souffle, de recevoir de tes nouvelles que ce soit par téléphone, par lettre, par courriel ou par des retrouvailles.

Tu as maintenant ving-six ans et tu peux faire, par conséquent, un choix libre et éclairé pour connaître l'identité de ta mère biologique.  Sois assurée que je respecterai toutefois ta décision de ne pas me rencontrer ou encore de le faire au moment où tu le jugeras opportun dans ta vie.  Je ne veux aucunement te bousculer ni te bouleverser toi, tes parents adoptifs, et les tiens.

Cependant, si tu es prête à franchir cette étape, et que tu te reconnais, alors, s'il te plaît, manifeste-toi de quelque façon que ce soit.  Nous pourrons nous apprivoiser tout en douceur, graduellement.  Tu es la bienvenue dans ta grande famile biologique!  Mon conjoint et mon fils, ton frère âgé de 15 ans bientôt, t'ont également fait une place dans leurs coeurs.  Nous t'attendons à bras ouverts si tel est ton souhait et sache que peu importe ta décision, JE T'AIMERAI TOUJOURS.

La vie me donnera-t-elle une seconde chance de me «racheter», de te voir, chère Daphné?  Ce serait le plus beau cadeau au monde que je pourrais espérer.

Avec toute mon affection et ma tendresse,
Sincèrement,
Maman Marthe xxx





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annie001 (21/12/13)


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MessagePosté le: 2008-11-30, 22:00    Sujet du message: Publicité

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